J'ai eu le plaisir d'être interviewé par le site LeBisou sur le sujet du couple ouvert :
LeBisou : Comment en parler sans que l'autre l'entende comme un ultimatum ?
Jérémie BESSARD : « Dans mon cabinet je le vois très souvent : le choc ne vient pas de l'idée d'ouvrir le couple, il vient de la secousse qu'elle inflige au besoin de sécurité de l'autre. Quand vous dites "J'aimerais qu'on ouvre notre couple", votre partenaire n'entend pas une invitation à explorer, il entend : "Tu ne me suffis plus et notre histoire touche à sa fin".
Pour éviter la panique, parlez de votre monde intérieur, pas d'un manque chez l'autre. Plutôt que de dire "Je m'ennuie dans notre sexualité, on devrait voir d'autres personnes", qui amène forcément une fermeture immédiate, exprimez plutôt : "Je me sens bien avec toi et notre relation reste ma priorité absolue. En même temps, je sens en moi des curiosités érotiques dont j'aimerais pouvoir te parler librement." Cela change absolument tout. »
LeBisou : Curiosité partagée ou couple qui cherche une sortie ?
Jérémie BESSARD : « En séance, je vois tout de suite la différence. La curiosité partagée est le privilège des couples dotés d'une intelligence émotionnelle et relationnelle : la relation tourne bien, la parole circule et l'ouverture vient comme un jeu ou un bonus. On cherche à élargir le terrain d'exploration, porté par le plaisir pur, sans rien à colmater ni à réparer.
L'erreur classique, et je la vois régulièrement, c'est d'utiliser l'ouverture comme un pansement sur un dysfonctionnement relationnel. On espère que l'arrivée de tiers va raviver un désir éteint ou éviter une séparation qu'on redoute. C'est un calcul risqué : faire entrer de nouvelles personnes dans un quotidien qui n'arrive déjà plus à gérer sa propre intimité ne fait qu'accélérer les dégâts.
On le voit tout de suite : l'un pousse avec anxiété pendant que l'autre ravale son malaise pour ne pas se faire quitter. Quand le lien est abîmé à la base, chercher de l'air à l'extérieur ne règle rien, cela épuise juste le couple un peu plus vite ! »
LeBisou : Des limites révisables, mais pas floues ?
Jérémie BESSARD : « Généralement, les tensions proviennent soit d'un contrat ultra-rigide qui vole en éclats à la première émotion imprévue, soit d'un flou total qui installe une insécurité permanente.
Une limite qui protège, c'est une règle concrète ancrée dans le présent. Oubliez les consignes vagues du type "sois raisonnable" ou "n'exagère pas". Une limite efficace est factuelle, par exemple : "D'accord pour échanger des messages, mais pas de rendez-vous physique" ou "Pas de venues à la maison".
Ensuite, la souplesse se programme à froid. On n'ajuste jamais une règle au milieu d'une soirée ou sous le coup de l'envie : on fixe d'avance des rendez-vous pour faire le point. On discute au calme, et la sécurité du lien passe toujours avant le fantasme ! »
LeBisou : Quand l'un dit oui pour ne pas perdre l'autre ?
Jérémie BESSARD : « Le consentement donné par peur d'être quitté est un piège destructeur. Pour le repérer, il faut regarder le corps : les mots disent oui mais l'attitude montre l'inverse, comme un regard qui fuit, les mâchoires serrées ou encore la gorge nouée. La personne cherche alors à rationaliser, elle se répète qu'elle doit être plus ouverte et qu'elle doit travailler sur sa jalousie, tout en prenant toute la faute sur ses épaules. Son propre désir est au point mort : elle ne propose rien pour elle-même et cherche seulement à rassurer l'autre.
Si vous êtes à l'origine de la demande et que vous voyez ces signaux, stoppez tout. Continuer en voyant l'autre souffrir n'a rien à voir avec de la liberté. Dites par exemple : "Je vois bien que tu acceptes par peur qu'on se sépare, pas par envie. Je ne veux pas construire mon plaisir sur ton inconfort. Posons les choses à plat avant d'aller plus loin."
Si le oui n'est pas un enthousiasme sincère et dégagé de toute peur, c'est un non. »
LeBisou : L'accord minimal à se dire avant un premier pas ?
Jérémie BESSARD : « Avant la moindre démarche extérieure, des repères fondamentaux doivent être posés. D'abord la priorité au lien : l'équilibre émotionnel de chacun et la santé du couple passent avant tout, et si l'un atteint ses limites, on fait une pause.
Ensuite, chacun garde la liberté de dire "ça va trop vite" sans que l'autre le prenne comme un blocage ou une punition. Il faut aussi s'engager à une franchise sur ses peurs et sa jalousie, sans chercher à jouer au partenaire détaché.
Enfin, poser une clarté totale sur ce qui constitue un secret ou une ligne rouge : si un engagement est franchi en cachette, le problème n'est plus l'ouverture du couple, c'est la perte de confiance.
Sans cadre ni accompagnement, changer les règles de son couple, c'est souvent jouer avec le feu… »

